Ça chauffe entre les entrepreneurs Espagnols et Marocains

Ça chauffe entre les entrepreneurs Espagnols et Marocains

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20.11.2011

Tension entre entrepreneurs espagnols et marocains - L’AAEM hausse le ton et passe à l’acte : des sit-in sont programmés à Madrid, Tarifa et Algésiras

- Les entrepreneurs espagnols soldent leurs pertes à plus de 100 millions d’euros

- Les parties marocaines affirment que leurs partenaires n’ont pas été «à la hauteur du projet qui leur a été confié, faute de capacités techniques et financières requises».

Le scandale défraie toujours la chronique. Les investisseurs espagnols au Maroc, notamment les promoteurs immobiliers, sont mécontents. Ils qualifient ouvertement le monde des affaires marocain de «piège». Pire, ils se disent «victimes d’extorsions, d’escroqueries et de malversations». D’où leurs multiples mouvements de manifestations programmés ce mois-ci à Madrid, Tarifa et Algesiras. Le cas le plus spectaculaire est celui de Rodrigo Rodriguez, le patron de la société de construction Torreblanca, qui entame une grève ouverte de la faim depuis le 19 novembre à la gare Santa Justa de Séville. «L’objectif de cette campagne d’indignation est de faire entendre notre voix», crie Francisco De Arratia, porte-parole de l’Association des affectés par l’extorsion au Maroc (AAEM). Une nouvelle structure mise en place par plusieurs hommes d’affaires espagnols afin de «mettre en synergie les efforts de plusieurs entreprises et hommes d’affaires travaillant au Maroc pour dénoncer l’escroquerie, l’extorsion ou les malversations pratiquées par certains entrepreneurs marocains », explique De Arrata qui solde les pertes des «victimes» à plus de 100 millions d’euros. De quoi s’agit-il exactement ? Est-ce une simple campagne négative contre le Maroc, comme le présume certains promoteurs en conflit avec leurs homologues espagnols? Ou s’agit-il vraiment d’une grande arnaque dont les dégâts sont colossaux pour les investisseurs espagnols ? Rien n’est moins sûr. Sakane.ma dévoile ce mystère qui défraie la chronique. Eclairage.

Maroc ImmobilierParait-il, «les entrepreneurs espagnols au Maroc, on en marre». C’est ce qu’affirme Francisco De Arrata, porte-parole de l’AAEM. D’après lui, entre les promoteurs espagnols et leurs homologues marocains, rien ne va plus. Le litige est à son pic. Les pertes seraient colossales. Elles ont dépassé les 100 millions d’euros. La partie marocaine nie en bloc toutes ses accusations et affirme que les partenaires espagnols n’ont pas tenu leurs engagements. Une déclaration qui ne fait pas le bonheur des «victimes» espagnoles qui ont décidé de passer à l’acte; Dans ce sens, l’AAEM a programmé ce mois-ci une série de manifestations à Madrid, Tarifa et Algesiras. Objectif ? «Nous voulons faire entendre notre voix», crie le porte-parole de l’Association. Et ce n’est pas tout : «Notre challenge est de mettre en synergie les efforts de plusieurs entreprises et hommes d’affaires travaillant au Maroc pour dénoncer l’escroquerie, l’extorsion ou les malversations pratiquées par certains entrepreneurs marocains», poursuit-il. Ce qui annonce déjà des perturbations à l’horizon du milieu des affaires Maroco-espagnol. Surtout que le bras de fer entre les deux parties est à son pic. La solidarité de plusieurs groupements d’investisseurs espagnols, soutenus par des partis politiques et de grandes personnalités de la péninsule Ibérique avec leurs homologues de l’AAEM augmente la tension. Les hautes autorités des deux pays seraient également saisies d’après De Arrata. «Mais en vain. Rien n’a été fait pour rendre aux victimes leurs droits», poursuit-il. Dans plusieurs déclarations à la presse, le porte-parole accuse ouvertement les officiels marocains de complicité, notamment dans les grosses affaires des sociétés espagnoles à des groupes marocains, en l’occurrence le litige entre la société Crotalon Construction Maroc, en délicatesse avec la société marocaine Socotraco et le barreau des avocats de Rabat. Et ce n’est pas tout, l’affaire Torreblanca Construction Maroc qui accuse Douja Promotion du groupe Addoha, de chantage et d’extorsion a fait coulé beaucoup d’encre. Le patron de la société Torreblanca est actuellement en grève ouverte de la faim depuis le 19 du mois courant à la gare Santa Justa de Séville. Son état de santé inquiète les associatifs venus, selon nos sources, en masse l’assister dans ce mouvement de protestation dont le premier a été observé le 6 novembre dernier tandis que le second est prévu le 25 novembre prochain. Deux dates choisies minutieusement par l’AAEM, surtout que la première coïncide avec le 36e anniversaire de la Marche verte, et la seconde, au jour des élections législatives anticipées au Maroc. Par ailleurs, les slogans des promoteurs espagnols en grogne touchent également le système juridique marocain : «Comment voulez-vous croire à un système judiciaire incapable de forcer quelqu’un à se présenter devant les magistrats?», s’interroge-t-il, dans l’une de leur bannière. Et ce, «en faisant référence au contentieux opposant la société espagnole Crotalon Construction Maroc, à la marocaine Socotraco, dont le gérant refuse de répondre aux convocations de la police judiciaire, malgré les instructions fermes du procureur du roi», s’indigne De Arrata qui affirme avoir également saisi Transparency Maroc sur certains cas. Une initiative inerte à ses yeux car «l’ONG s’est décliné devant cette requête sous prétexte qu’elle est incapable d’y intervenir», fait-il savoir à la presse. Et de préciser qu’il a, par ailleurs, «saisi le ministère de la Justice, les Tribunaux, les Wilayas des différentes régions où des cas d’extorsion ont été signalés, ainsi que l’ambassade du Maroc à Madrid et celle de l’Espagne à Rabat». En vain, aucune intervention n’a eu lieu puisque «les autorités disent qu’elles ne peuvent rien faire et que c’est à la justice de résoudre le problème. Seulement cette justice n’est pas à la hauteur. Notamment sur certaines affaires dans lesquelles des groupes comme Addoha sont mis en cause», résume-t-il le bilan de ces multiples actions. «Seuls quelques entrepreneurs marocains soutiennent notre cause», déclare-t-il à un journal électronique. D’où, «notre campagne de protestation à l’échelle du territoire espagnole. Entre autres, nous avons décidé, en dehors des manifestations que l’Association a programmé les 6 et 25 novembre dans les ports de Tarifa et d’Algésiras, des sit-in auront lieu devant l’ambassade du Maroc à Madrid. Nous allons également saisir des institutions européennes pour que tous les pays membres de l’Union européenne soient au courant de ce qui se passe au Maroc», affirme de Arrata.

BTP MarocTout à commencer avec l’affaire opposant Crotalon Construction Maroc à la S.A.R.L Socotraco et au Barreau des avocats de Rabat à propos du projet d’habitat social à Sala El Jadida. Encore une fois la justice n’a pas satisfait les plaignants. Surtout que les deux parties échangent les accusations. Pour se défendre, la partie marocaine joue sur le délai de la garantie alors que l’entreprise espagnole les accuse de manipulation dans ce sens. En un mot : des contraintes purement techniques ont provoqué ce litige en faveur de l’ordre des avocats de rabat. Idem dans l’affaire Torreblanca construction Maroc et Douja Promotion Groupe Addoha. Rappelons dans ce cadre que l’entreprise espagnole, sous-traitant des logements sociaux à Tanger pour le compte du groupe marocain, l’accuse directement dans une lettre adressée auparavant à Trinidad Jimenez, ministre des Affaires étrangères de l´Espagne, des retards répétitifs de paiement. Pire, le promoteur espagnol accuse Douja Promotion «d’approbation des certifications, du non-règlement des travaux d'excavation, de terrassement et d’enlèvement des fouilles et d’accaparement illégal d’outils et de matériel de chantier», selon un communiqué rendu publique par l’AAEM. De quel chantage s’agit-il dans cette affaire ? Surtout que la société espagnole, aux yeux de la partie marocaine, n’a pas respecté ses engagements : elle devait construire trois lots d’habitations du programme Al Ikhlasse à Tanger. La date de livraison a été fixée le 25 juin 2011. Quelques semaines avant la fin du chantier, le promoteur espagnol accuse son partenaire marocain de menaces devant des agents de l’autorité locale. Un constat démenti par les responsables marocains. Ils affirment même avoir reçu les 5 et 6 mai une offre de 1.500.000 DH pour quitter le chantier. Et pour des raisons techniques, notamment le non respect des délais par le promoteur espagnol, ce dernier déclare avoir accepté l’offre marocaine. Ainsi, ils ont été interdits l’accès au site de construction. «Nous n’avons pas pu récupérer nos engins et matériaux de construction que le groupe Addoha a mis à la disposition d’une autre société chargée d’achever le chantier.», crie le président de Torreblanca Construction Maroc en grève de la faim et dont l’état de santé s’aggrave.

En revanche, la version d’Addoha est loin de satisfaire le promoteur espagnol : Dans un communiqué de presse publié au lendemain de ce scandale, le Groupe Sefrioui affirme que «la société Torreblanca construction Maroc, n’a pas été à la hauteur du projet qui lui a été confié, faute de capacités techniques et financières requises». Et ce, «en dépit des rallonges de délais qui lui ont été accordés... ». Une raison pour laquelle le groupe marocain a réagi pour remettre la pendule à l’heure et sauver le chantier. «Addoha a été contraint de prendre d’urgence les mesures appropriées en réglant directement les fournisseurs et sous-traitants, au lieu et place de la société Torreblanaca. Les sommes payées totalisent un montant de près de 2.500.000DH», conclut le communiqué qui précise, entre autres, que vu ses engagements envers l’Etat, il a été obligé de confier la poursuite des travaux à une autre entreprise.

Les litiges des entrepreneurs marocains et leurs homologues espagnols dépassent les frontières et les mûrs des tribunaux nationaux. Elles sont désormais le cheval de batail de plusieurs partis espagnols lors des élections en cours. Des ONG de la péninsule ibérique s’y mêlent pour davantage de forcing sur les officiels marocains. Un feuilleton à suivre…

 

Dossier réalisé par Rida ADDAM


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